OLD MEDIA NEW MEDIA

OLD MEDIA, NEW MEDIA
Depuis l’arrivée de Sanae Takaichi à la tête du gouvernement le 21 octobre 2025, le paysage médiatique japonais paraît entrer dans une phase de recomposition accélérée.
La différence entre “old media” – télévision, grands quotidiens, hebdomadaires – et “new media” – chaînes YouTube et autres médias en ligne – s’est cristallisée dans l’opinion publique, au point de devenir un enjeu politique à part entière. Ce malaise se lit aussi dans le classement 2025 de Reporters sans frontières, qui place le Japon 66ᵉ mondial, dernier du G7.
Les vieux médias : l’inertie d’un écosystème verrouillé
Les rédactions historiques restent structurées par le système de “clubs de presse » qui réserve l’accès institutionnel à un cercle d’organes établis. Dans l’opinion, une perception en est que les questions posées par les journalistes semblent parfois suivre une course au commentaire, à la recherche du faux pas, plutôt que d’un examen méthodique des décisions publiques. Deux expressions populaires résument cette critique : old media et masugomi, qui associe “mass media” à gomi (“ordures”), ne visant pas seulement un supposé retard technique mais un mode de production de l’information perçu comme vertical, peu transparent, et soupçonné de sensationnalisme.
Le style « Sanae” : mise en scène de la désintermédiation
La nouvelle Première ministre a accéléré la communication directe comme un marqueur politique : promotion active de la diffusion intégrale (déjà en place) des conférences de presse, publication systématique des actions sur le site du Cabinet, présence personnelle sur les réseaux, avec des messages quotidiens à la première personne. Les réponses de ses ministres aux « vieux medias » lors des conférences de presse, plus tranchantes et plus combatives que celles de leurs prédécesseurs, semblent avoir séduit une partie de l’opinion par leur démarche de confrontation assumée et de transparence affichée.
Les nouveaux médias : un “cinquième pouvoir” ?
Les médias alternatifs n’ont pas tardé à sauter sur l’occasion pour « décortiquer » les annonces des vieux médias en utilisant les sources primaires. Ils capitalisent sur le déficit de confiance envers les grands titres et sur la rapidité des réseaux. Ce “cinquième pouvoir” contourne les intermédiaires et agit comme un tribunal de l’opinion. Même si certains de ces medias alternatifs font preuve d’une rigueur journalistique, l’accès à l’information ne garantit pas la qualité des articles et viralité ne doit pas valoir preuve. Au Japon comme ailleurs, l’enjeu est désormais de construire un écosystème médiatique plus robuste, où les médias historiques et les nouveaux acteurs en ligne coexistent sur la base de règles claires.
Le style « Sanae » devrat bientôt se traduire en méthode durable pour devenir réellement une stratégie « Sanae ».
(Janvier 2026)

